Communiqué de presse
L'Archipel soutient les jeunes qui se mobilisent pour leur éducation et leur avenir
Depuis plusieurs jours, des lycéennes et lycéens se mobilisent partout en France pour demander de meilleures conditions d'étude et davantage de moyens pour l'École publique. À L'Archipel, école associative hors contrat qui accueille depuis 2020 à Allex, dans la Drôme, une centaine de jeunes de 6 à 18 ans, nous souhaitons leur exprimer notre soutien.
Des jeunes qui demandent d'abord à pouvoir étudier correctement
Locaux dégradés, températures difficiles à supporter, enseignants absents non remplacés, classes bondées, surcharge des emplois du temps et du travail à la maison (parfois autour de 40h par semaine), difficultés d'accès à la restauration ou à certaines formations après le baccalauréat : derrière la diversité des situations, les revendications exprimées posent une question simple et légitime. Quelles conditions notre société souhaite-t-elle offrir à ses jeunes pour apprendre et construire leur avenir ?
Ces revendications parlent aussi d'un problème plus profond : la santé mentale des jeunes : 1 lycéen sur 5 présente des risques de fragilité psychologique. Le nombre de tentatives de suicides augmente, particulièrement chez les jeunes filles, ainsi que la consommation d'anti-dépresseurs (1).
Nous regrettons qu'une partie du débat public tende à disqualifier la parole des lycéens en les présentant comme immatures, manipulés ou incapables de comprendre les enjeux auxquels ils sont confrontés.
(1) Source : La santé des étudiants, ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Défendre le droit de se mobiliser sans cautionner la violence
Nous condamnons les violences et les dégradations commises en marge des mobilisations, quels qu'en soient les auteurs, de part et d'autre. Elles mettent des personnes en danger et détournent l'attention des revendications portées par les jeunes. Nous sommes aussi attachés au respect du droit de manifester et à la nécessité d'une réponse mieux appropriée et proportionnée des pouvoirs publics, au regard des enjeux.
Concernant les blocages, nous comprenons le dilemme auquel sont confrontés des lycéens qui ne disposent pas encore, pour beaucoup, du droit de vote et ne bénéficient pas du droit de grève des salariés. Cela ne signifie pas que toute forme de blocage soit souhaitable ou légitime : ses conséquences sur les autres élèves doivent aussi être prises en considération. Mais plutôt que de réduire le débat à la seule question de l'ordre, nous pensons nécessaire d'entendre ce que ces actions cherchent à exprimer.
Contribuer au débat public en partageant notre expérience
À L'Archipel, notre expérience quotidienne nous enseigne que lorsqu'on fait confiance aux jeunes, qu'on leur donne de véritables responsabilités et qu'on leur permet de participer aux décisions qui les concernent, ils sont capables de réflexion, d'engagement et de sens du collectif. Au sein de notre Conseil d'école, jeunes et adultes prennent collectivement les décisions concernant la vie quotidienne. Un Comité de justice traite les infractions aux règles communes. Médiations et cercles de parole permettent d'apprendre à traverser les conflits. Chaque soir, nous participons ensemble à l'entretien de nos espaces.
Nous accordons de l'importance aux apprentissages académiques et préparons les jeunes qui le souhaitent au Diplôme National du Brevet et au baccalauréat. Mais, chez nous, on peut s'épanouir et préparer son avenir dans d'autres domaines que le domaine académique, à travers les nombreuses activités que nous proposons.
Nous nous efforçons de lutter contre l'adultisme, forme de discrimination exercée par les adultes sur les mineurs, en les considérant comme des individus à part entière tout en restant garant de leur sécurité matérielle et émotionnelle. Chaque jeune est accompagné individuellement par un adulte. Nous accueillons une proportion significative d'enfants neurodivergents, et, malheureusement, des jeunes parfois cabossés par leur expérience scolaire précédente (harcèlement, anxiété sociale, phobie scolaire).
D'autres manières de faire école sont possibles
La mobilisation actuelle peut être l'occasion d'aller au-delà de la seule question des moyens et de nous interroger collectivement sur ce que nous attendons de l'École. Les connaissances sur le développement de l'enfant ont progressé. La société a évolué. Les métiers changent. Les enjeux écologiques, démocratiques, technologiques et sociaux auxquels cette génération devra faire face sont immenses.
Nous appelons à une école qui fasse davantage confiance aux jeunes ; qui développe la coopération plutôt que la compétition permanente ; qui permette davantage d'expérimentation et de diversité pédagogique ; qui accorde une véritable place aux apprentissages manuels, artistiques, sociaux et citoyens ; qui apprenne concrètement l'autonomie et la responsabilité ; qui développe l'esprit critique en autorisant la remise en cause, et qui considère les jeunes comme des acteurs de leur éducation plutôt que comme de simples destinataires, permettant à chacun.e de trouver progressivement sa place dans le monde.
L'Archipel n'a pas vocation à constituer un modèle unique. Notre école est une expérimentation parmi d'autres, avec ses réussites, ses difficultés et ses limites. Mais son existence montre une chose : d'autres manières de faire école sont possibles.
À propos de L'Archipel
L'Ensemble Scolaire de l'Archipel est un établissement scolaire privé à Allex qui accueille environ 100 jeunes : 83 au secondaire (collège-lycée), et 17 en primaire. L'équipe pédagogique et les fonctions supports comptent une petite vingtaine de personnes.
C'est une école laïque, à pédagogies actives, inspirée du mouvement des écoles nouvelles (Freinet, Montessori, Oury, Neill). Elle accueille une certaine proportion de jeunes neuro atypiques. Aussi, tout y est mis en œuvre pour maintenir des frais de scolarité le plus bas possible, échelonnés selon le revenu des familles. Un fonds de solidarité est mobilisable pour les familles les moins favorisées.